RICHARD, Alain-Martin

Canada

Alain Martin Richard, untitled performance along the Saint Charles River, Quebec created for the exhibition Yahndawa' 2022 PHOTO Nicole Catellier

Two-headed animal

I was born in the heart of the black spruce. With the forest creatures, under the Milky Way. I saw the Northern Lights and the dawn glow. When I was very young, a fox snuck into my body. A cub that my brother had placed in my arms. It forced its way between my teeth and down into my belly. More and more often, I am fox. Living in me all this time, it plays in my head, my claws, my footsteps.

The fox-man will be in a non-space, a wasteland, an abandoned area full of rubbish and stones. He wants to bear witness to the state of the territory. Meditation on stupidity and the sublime. To make tangible the metamorphosis between trans- and post-humanism.

Alain-Martin Richard is an artist living and working in Québec whose manoeuvre and performance projects have been presented in North America, Europe and Asia. A former member of the collectives Inter/Le Lieu and The Nomads, he is now involved with Les Causes perdues and Folie/Culture. His productions, including Atopie textuelle (2000), The Route to Rosa (2006) and Le bloc que j’habite (2014), often infiltrate multiple societal and digital planes. Richard is also active as a curator, critic and essayist. He has published articles in numerous magazines on theatre, performance, installation and manoeuvre.


Animal bicéphale

Je suis né dans le mur d’épinettes noires. Parmi les bêtes de la forêt, sous la Voie lactée. J’ai vu les aurores boréales et la lueur de l’aube. Quand j’étais tout petit, un renard s’est caché dans mon corps. Un renardeau que mon frère avait déposé dans mes bras. Il s’est faufilé entre mes dents et est descendu dans mon ventre. De plus en plus souvent, je suis renard. Depuis tout ce temps qu’il m’habite, il joue de ma tête, de mes griffes, de mon pas.

L’homme-renard sera dans un non-espace, un terrain vague, une zone abandonnée, pleine de détritus et de pierres. Il veut constater l’état du territoire. Méditation sur la bêtise et le sublime. Pour rendre tangible la métamorphose entre le trans- et le post-humanisme.

Alain-Martin Richard preforms in a wasteland area at the end of the cemetery along the Saint Charles River, Quebec.
Alain Martin Richard, untitled performance along the Saint Charles River, Quebec created for the exhibition <em>Yahndawa</em> 2022 PHOTO Nicole Catellier

The fox cycle

No pile of earth, nor river, nor desert has not been altered by the human, who invents and constructs the landscape. Entering this human landscape, I participate in the overall dynamic. Because the world is an inexhaustible and mysterious upsurge of life that never stops inventing itself, I always pass through this landscape as an ignorant stranger. Beyond its symbolic function, art is a journey into my ignorance of the world. There are but questions, borne of my astonishment before the incomprehensible. Yet in action art, there is always the human, this “philosopher engineer” who is at the same time both artist and material. I enter the available landscape and—eternal miracle worker—constantly recreate its form in a continuous flow between myself and others. I take shape, take the body I want, the body I can, in a setting that is indifferent to my presence. I insert myself in the mundane, in small steps, hoping to discover something unprecedented about myself and about others.

The project I’m currently working on is called Yahndawa‘. (1) It is a project where two neighboring towns meet: Wendake (Wendats) and Quebec (Quebecois). Each place is represented by seven artists. In a slow, organic movement, we fourteen get to know each other within a familiar landscape that runs along the Rivière Saint-Charles, from Kabir Kouba to Bassin Louise. I listen to their legends, their stories sometimes intertwined with mine, but too often parallel rather than intersecting. I move in the smoke of sage and tobacco. I now know what wampum is, I know that in the Wendat world the landscape does not exist. There is only the territory that constructs itself. Yahndawa’ breaks through the dam of this hindered speech, freeing both the language and the animal. From this project comes my desire to go back to the untamed territory of my childhood, this region before my reason ever knew racism and cultural genocide. So, how to survive the plunder and barbarism of capital? I have no other answer than to become an animal again and carry on with my manoeuvres in everyday life. Together with accomplices or as a solo player, I undertake the cycle of the man who wishes to become a fox.

— ALAIN-MARTIN RICHARD
(Translation Paul Couillard)

(1) Yahndawa’ = river, stream, watercourse


Le cycle du renard

Pas un tas de terre, pas une rivière, pas un désert qui n’aient été modifiés par l’humain. C’est lui qui invente et construit le paysage. Quand je rentre dans ce paysage humain, je participe à la dynamique générale. Puisque le monde est un inépuisable et mystérieux surgissement de la vie qui ne cesse de s’inventer, je parcours depuis toujours ce paysage comme un étranger ignare. Au-delà de sa fonction symbolique, l’art est un voyage dans mon ignorance du monde. Il n’y a que des interrogations portées par ma stupéfaction devant l’incompréhensible. Mais dans l’art action, il y a toujours l’humain, à la fois matériau et artiste, cet « ingénieur philosophe ». Je rentre dans le paysage disponible et, éternel thaumaturge, en redessine sans cesse la forme, dans un flux continue entre les autres et moi. Je prends corps, le corps que je veux, le corps que je peux dans un décor indifférent à ma présence. Je m’y installe dans le banal, à petit pas, avec l’espoir de découvrir quelque chose d’inouï sur moi-même et sur autrui.

Le projet sur lequel je travaille présentement se nomme Yahndawa’. (1) C’est un projet où deux bourgades voisines se rencontrent : Wendake (Wendats) et Québec (Québécois). Elles ont délégué chacune sept artistes. Dans un lent mouvement organique, les quatorze s’apprivoisent à travers un paysage familier le long de la rivière Saint-Charles, de Kabir Kouba au Bassin Louise.  J’écoute leurs légendes, leur histoire parfois emmêlée à la mienne, mais trop souvent parallèle, je me déplace dans la fumée de la sauge et du tabac, je sais maintenant ce qu’est le wampum, je sais que dans le monde wendat le paysage n’existe pas. Il n’y a que le territoire qui se construit lui-même. Yahndawa’ fait céder le barrage de la parole entravée, libérant et la langue et l’animal. De ce projet vient mon désir de remonter dans le territoire sauvage de mon enfance. Ce pays avant que ma raison ne prenne conscience du racisme et du génocide culturel. Alors, comment survivre au pillage et à la barbarie du capital ?  Je n’ai d’autre réponse que redevenir animal et poursuivre mes manœuvres dans le quotidien. En bandes complices ou en baladeur solitaire, j’entreprends le cycle de l’homme qui veut devenir renard.

— ALAIN-MARTIN RICHARD

(1)  Yahndawa’ = rivière, flot, courant d’eau

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